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ECRITURE CREATIVE - MEDITATION PLEINE CONSCIENCE

BABOUILLEC

« Je suis Babouillec très déclarée sans parole.

 Seule enfermée dans l’alcôve systémique, nourricière souterraine de la lassitude du silence, j’ai cassé les limites muettes et mon cerveau a décodé votre parole symbolique :

l’écriture ".

 

 

 

L’auteur de ces mots de révolte, Hélène Nicolas, dite Babouillec, 30 ans, est autiste.

Elle ne parle pas, elle écrit.

Il lui a fallu vingt ans pour accéder au langage.

Incapable de tenir un crayon ou de se servir d’un ordinateur, elle compose ses textes en piochant dans une boîte des lettres plastifiées qu’elle aligne sur la table.

 

Hélène Nicolas, dite « Babouillec autiste sans paroles », est une jeune femme de trente ans, autiste diagnostiquée très déficitaire.

Jamais scolarisée, elle n'a, selon ses propres mots, « pas appris à lire, à écrire, à parler ». Elle n'a pas accès à la parole; son habilité motrice est insuffisante pour écrire. Elle réussit pourtant, après vingt ans de silence, à écrire à l'aide de lettres en carton disposés sur une page blanche, des œuvres d'une grande force poétique.

Hélène, jusqu'à alors très renfermée et repliée sur elle-même, sort petit à petit de son silence. Une stimulation par les arts vont lui permettre de s'exprimer et de communiquer. Sa mère va se rendre compte que malgré le silence de ses mots sonores, sa fille, alors âgée de 15 ans, sait lire et écrire et pourtant ne sait pas tenir un stylo. Grâce à un outil qui n’est autre que des lettres cartonnées posées sur une feuille blanche, elle écrit des mots, puis des phrases.

 

 

 "Je suis née un jour de neige, d’une mère qui se marre tout le temps. Je me suis dit, ça caille, mais ça a l’air cool la vie. Et j’ai enchaîné les galères.

 

Je tue mes démons silencieux dans les tentatives singulières des sorties éphémères de ma boite crânienne.

Savoir marcher sur le fil tendu entre la frontière des densités humaines sauve de l'isolement."

 

 

Véronique, «la mère qui se marre tout le temps», estime ne pas avoir eu de fille pendant quatorze ans.

Placée en institution, la gamine était un «bloc» qui hurlait lorsqu’on la touchait.

Refusant de croire qu’il n’y avait personne derrière ce corps, Véronique l’a ramenée à la maison et a cherché les clés pour ouvrir la carapace.

 

Hélène ne savait pas qu’elle avait des pieds et des mains.

 

Elle n’arrivait pas à opposer le pouce à l’index. Lorsqu’elle a réussi à exécuter ce mouvement de pince, elle a pu accéder au langage.

 

Elle écrira des poèmes dont en 2015, le metteur en scène Pierre Meunier, adaptera au théâtre l'un d'eux, Algorithme éponyne  sous le nom de Forbidden di sporgers.



"Algorithme éponyme et autres textes" recueillent ses principaux ouvrages, dont deux font l'objet de multiples représentations théâtrales, notamment au festival d'Avignon, et au théâtre de la Ville (février 2017).

 

 

C'est pendant la préparation de ce spectacle que Julie Bertucelli (réalisatrice) rencontre Babouillec. Il va naître un lien fort entre ces deux personnes qui signera le début d'une belle aventure. Elle durera 3 ans et donnera naissance à un documentaire bouleversant : « Dernières nouvelles du cosmos »  où la réalisatrice aura suivi Babouillec pendant toutes ces années.

 

 

Elle termine en mars 2018 son premier roman intitulé « Rouge de soi », imprégné d’humanité, d’humour et de clairvoyance sur son handicap mais également, sur la façon dont  les personnes différentes sont considérées dans la société.

 

«Rouge de soi» nous plonge dans l'intériorité d'Eloïse Othello, une jeune femme « bancale du cerveau » qui, malgré le regard des autres, le formatage social et culturel, les séparations, les doutes et les échecs, trouve dans l'écriture un chemin de vie. Babouillec, époustouflante auteure autiste, livre dans ce premier roman une véritable leçon de courage et d'indépendance, traversée par une obsession : « avoir en face de soi la réponse à soi-même. »

 

Extrait :

"Eloïse se souvient de son début de vie très chaotique, comme balancée par-dessus bord sans avoir pied et sans savoir nager. Une forme de cauchemar surréaliste. C'est certainement là que commence sa drôle d'histoire, cette naissance sans fond.

Un corps qui ne sait pas nager dans une société raz-de-marée, aux vagues déferlantes qui lui tombent sur la gueule."

 



 " L'écriture est mon arme secrète.

J'adore appuyer sur la gâchette, balancer des munitions pour faire péter le son et me faire entendre.
Mes mots sont mes coups de gueule arbitrés comme la fantaisie mentale, la moleskine d'une combat à poings nus.

 

Rien de très grave, je ris nerveusement, je gesticule, je ne sais pas où me mettre, j’use de l’intemporel. Le silence envahit mon être. Je suis murée dans mon monde du savoir-être ailleurs et je vis un bonheur au-delà des limites dans mon onirique transplantation mentaleJe me vois chaque fois les 2 pieds calés sur ma rambarde de sécurité et le corps flottant près de me lâcher. "

 « Fais-moi une place dans la chaîne à penser, crie en majuscules le silencieux fil d’Ariane coupé du reste du monde. Le dialogue est un état de permanence le noir un état de survivance. La petite étincelle spleen dans mes circuits comme une auto- tamponneuse. C’est jour de fête là-dedans, tout le monde s’amuse sauf moi. Le "remueméninges" qui squatte la boîte à trier les infos pète mes neurones timbrés en partance pour nulle part.

Jour de folie ce trop-plein de tintamarre. La température de mon cerveau monte d’un cran genre tremblement de terre. »

 

 

« Les oreilles stand-by à la jacasserie humaine, les mains et pieds sans dessus dessous, les yeux dans les yeux de moi-même.

Modèle dispersé, gratuitement mis au monde par besoin de casser la mécanique culturelle. La tête comme un ressort sans verrou, oscillant vers les quatre points cardinaux. Marcher à contre-courant de la culture établie donne du fil à détordre, des nœuds à l’estomac, des cheveux en pétard, une vie en dépareillé. "

 

 

Voyage au centre d'un cerveau humain

 

"Je m'appelle Eloise Othello. Je cours contre l'idée de la perte de l'identité individuelle au bénéfice de l'identité collective. En clair, être soi-même et non une identité manufacturée dans la chaîne de l'identité sociale.

Disséquer le verbe formé dans le cerveau et que la bouche peine à expulser pour devenir parole.

Voilà le projet de Babouillec dans ce court texte incisif et poétique.

 

 

 

"Je suis arrivée dans ce jeu de quilles comme un boulet de canon, tête la première, pas de corps aligné, des neurones survoltés, une euphorie sensorielle sans limites.

Les oreilles en  stand by à la jacasserie humaine, les mains et pieds sens dessus dessous, les yeux dans les yeux de moi-même.

Modèle dispersé, gratuitement mis au monde par besoin de casser la mécanique culturelle.


La tête comme un ressort sans verrou oscillant vers les quatre points cardinaux…"


« Ogresque pamphlet invitant nos neurones à jouer ensemble dans l’improbable poésie d’un monde éclairé par la présence d’un Nyctalope », ainsi Babouillec qualifie-t-elle son ouvrage.
 

 


En surveillant les échanges chimiques au niveau de ses synapses, en scrutant son reflet dans le miroir, en analysant les mots qui se forment sur son lobe frontal, l’artiste s’interroge sur ce qui crée la différence et observe, perplexe, la course des messages nerveux sous sa peau qui l’isole. Par un dépeçage de son propre corps, par la violence des émotions qu’elle provoque, c’est notre peur collective de la solitude qu’elle éveille, et c’est le droit de chacun à être écouté et compris que Babouillec revendique."

 

 

 

L'autisme 
 

 

 

L’autisme est un spectre dont la communication est altérée voir même silencieuse mais bien présente pour celui qui y sera attentif.

En effet, toute communication présente deux aspects : le contenu et la relation.

Le contenu peut être de différents modes (la parole, le regard, la posture, la gestuelle, l’intonation des mots, l’inflexion de la voix, la respiration, le contact physique …).

Il amène à une mise en place d’un processus social permanent qui s’autoalimente par l’interaction.

Le langage non verbal et le langage paraverbal (intonation de la voix, silences, hésitations, distance entre les deux personnes, expressions du visage, mouvements du corps etc) ne vont pas toujours de pair avec le langage verbal.

 


La communication : un acte social

Issue de la relation sociale, la communication forme, maintien ou transforme une relation.

Tous les modes de communication ont quelque chose de social, comme la parole et la gestualité non verbale. Mais, il n’y a pas que cela : il y a aussi l’écriture, l’image, le son et toutes les combinaisons de ces matières que l’on retrouve dans les médias.

Le lien communication-relation concerne ce qui se passe au moment même de la communication, sans oublier de prendre en considération le contexte. Un acte de communication s’inscrit donc dans une interaction, qui elle-même, s’inscrit dans un système de rapport social.

 

À la découverte de l'autre

Ne partez pas toujours de votre manière de penser, de votre envie, de votre façon de communiquer et d’imposer votre propre vision de la relation….

Mais partez de l’autre, de cet autre qui fonctionne différemment et pour qui la relation implique une autre importance, telle que la relation découle d’une priorité différente mais communiquer reste essentiel. 

 

Article « Marie-Claire », mai 2018

Chez certains autistes,  l'imagination est en tête, les visions débordent, les identités sont multiples, et les sens sont à nu.

L'enfance est partout, le réel est augmenté de dialogues avec des esprits et ils parlent couramment la langue du chaos ; le dedans est dehors.

 

 

 

On dit d'eux qu'ils sont fous ou idiots.

À leur façon, ils portent aussi le monde. Ils disent, à corps et à cri : « Je ne suis pas ce que vous croyez », ils font des danses de vie pour éclairer leurs chambres noires, ils écrivent au monde et le monde n'entend pas ; ils créent sans le savoir, et nous nous inclinons devant la vie qu'ils portent en eux.

Ils ont eu la pulsion d'écrire, comme on a la pulsion de la vie. Ils se fichaient d'écrire « comme il faut » ; ils obéissaient à d'autres lois, inventaient des langues pour se tenir au plus près d'eux-mêmes. Ça jette des étincelles. Nos cœurs sont à la fête, même quand c'est triste.

On retrouve des frères, des sœurs, ou bien nous-mêmes, épluchés de nos falbalas. Avec les écrits bruts, on est à la source de pourquoi l'écriture vient, pour faire monter la vie, pour s'ébrouer du malheur et en faire des feux de camps, pour faire vivre l'esprit.
On ne comprend pas comment le manque de tout l'élémentaire produit cet oxygène. C'est un mystère. Et en attendant de comprendre, je tourne autour et avec eux, je me sens vivante.


Anouk Grinberg  actrice française, également peintre et écrivaine. )

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A
Merci Pascale pour cette magnifique découverte, que tu offres, avec clarté, délicatesse et élégance! Je l’ai partagé!
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C
Tres bel article, Bravo Pascale !
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