Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

ECRITURE CREATIVE - MEDITATION PLEINE CONSCIENCE

Proposition n° 33 Décors, Modèles, Actions


« Un livre décrit des œuvres dont l’auteur a eu l’idée, mais qu’il n’a pas réalisées. »

C’est très précisément le cas de ce livre-ci, Œuvres, d’Édouard Levé, la phrase qui précède en étant un extrait exemplaire et, même, premier de tous, l’incipit en même temps que l’habile mise en abyme et le programme.
C’est une collection, un musée, une liste, une litanie, une énumération obstinée, une invraisemblable accumulation de projets, d’idées qui recouvrent tous les domaines de l’art contemporain, de la littérature aux arts plastiques, à la vidéo et la photo, en passant par les installations les plus diverses. Cet amoncellement tranquille de plus de 500 œuvres laisse une curieuse impression : entre dérision et excitation, en un mouvement qui ne cesse d’aller de l’une à l’autre, le lecteur réjoui et angoissé assiste à un balayage – aux deux sens du terme ? – peut-être définitif de ce qui est notre modernité artistique. On se prend d’ailleurs à penser que toute tentative dans ces domaines a vocation à prendre place dans le livre d’Édouard Levé, lequel aurait l’inquiétante propriété de tout absorber. La totale neutralité du texte, la précision des descriptions, l’économie rigoureuse des moyens ajoutent à la fascination et au vertige, tandis que l’humour induit par un dispositif dont l’effet « aspirateur » est dévastateur rend ce livre très gai.

Babélio 

 

 

Édouard Levé, né le 1er janvier 1965 à Neuilly-sur-Seine et mort le 15 octobre 2007 à Paris, est un artiste et un écrivain français.

Plasticien, son esprit est hanté, selon ses dires, par la question du « double ». Analyste de lui-même, il a toute sa vie donné l’impression de vouloir se confronter directement à ses obsessions au moyen de « Reconstitutions ». Édouard Levé est allé au bout d’une quête que sa mort volontaire semble clore comme une conclusion existentielle.

L' éditeur, P.O.L. publie, en septembre 2015, en format de poche, un  livre d’Édouard Levé, Œuvres, publié une première fois en 2002. Ce livre contient 533 œuvres, numérotées de 1 à 533, dont la première présente le projet : « Un livre décrit des œuvres dont l’auteur a eu l’idée, mais qu’il n’a pas réalisées ».

 

Parmi ces œuvres, celle-ci, au numéro 44 :

« Des textes sont mis en scène en choisissant les modèles, le décor et l’action au hasard dans des listes."

DÉCORS :

1. une gare -

2. un aéroport -

3. une piscine -

4. un commissariat -

5. un lac -

6. une plage -

7. une chambre d’appartement -

8. une chambre d’hôtel -

9. une cuisine -

10. une salle à manger années trente -

11. un salon bourgeois

*

MODÈLES :

  1. un homme blond, maigre, de trente-cinq ans -

2.une grosse femme brune de quatre-vingts ans

 3.une Asiatique de treize ans -

4. un bel Africain de cinquante ans -

5. un notable de province de soixante ans -

6. un plâtrier de quarante ans, brun et frisé -

7. une femme bourgeoise blonde de quarante ans, élégante -

8. une belle ouvrière de cinquante ans -

9. une riche Maghrébine de trente ans -

10. un policier de vingt ans -

11. un lieutenant de l’armée de terre italienne -

12. une livreuse de pizza rousse de dix-huit ans -

13. un gros plombier moustachu de quarante ans -

14. un retraité de soixante ans en costume trois-pièces et cravate noire

 15. une veuve de soixante ans -

16. un petit garçon noir -

17. un adolescent libanais -

18. une Philippine en maillot de bain une pièce -

19. un contrôleur de la RATP -

20. une agricultrice brune de quarante-cinq ans

 

*

ACTIONS :

1. dîner -

2.allumer un feu -

3. astiquer un fusil -

 4.danser le rock -

 5.plier une feuille de papier -

6.sauter à pieds joints -

 7.confectionner un gâteau -

 8.lire un livre -

9.conduire une moto -

 10.se promener à cheval dans une forêt -


* PROPOSITION D'ECRITURE * :

En suivant cette structure, je vous invite à composer, à votre tour, un texte utilisant un ou plusieurs décors ,un ou plusieurs modèles et une ou plusieurs  actions......

......et à déposer vos écrits dans la rubrique " COMMENTER ".

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Orly, un mardi matin
un aéroport, une Philippine en maillot de bain une pièce, astiquer un fusil
Oh.! Faut que j'te raconte un truc incroyable.
Tu sais l'autre jour, je suis rentrée de Paris by plane. J'ai embarqué à l'aéroport d'Orly. J'avais un peu d'avance et avant d'embarquer il a fallu attendre. Je m'suis tranquillement assis tout en lisant la presse sur mon téléphone. Je lève la tête après quelques minutes et là, je vois un truc invraisemblable: on se serait cru dans un film des frères Coen. À 10 m de moi, j'aperçois une nana en maillot de bain noir et doré, type jeune philippine bien roulée. Je me redresse intrigué, et là je la vois qui sort un truc un peu long de son sac et un chiffon en laine. La voilà-t-y pas qui se met à astiquer la crosse déjà bien brillante d'un fusil à canons sciés. Le vide s'est assez discrètement fait autour d'elle. Tout le monde était sur ses gardes. Arrive un colosse barbu, galure à la Indiana Jones vissé sur le crâne. Il se penche vers la fille et l'embrasse à pleine bouche pendant qu'elle poursuit son business comme si de rien n'était.
Tu vois ça, tu te dis que les flics vont rappliquer illico. Et ben non, pas du tout, elle fait briller les canons et elle range son flingue. Elle s'enfile une robe bien ajustée, embrasse son mec et "ciao !" elle se tire.
Là Indiana Jones se lève, met son sac sur l'épaule et se barre à son tour.
J'en suis toujours à m'demander si j'ai rêvé. Tu y crois, toi ?
Répondre
P
Je vois que quelques courageux ont repris le "travail" !
Bravo et merci Maryvonne !
Amitiés,
P.
Répondre
M
Un commissariat, un gros plombier moustachu de quarante ans, se promener à cheval dans une forêt
Branlebas de combat au commissariat de Labat.
Le commissaire Villain et son lieutenant Juillac sont sur une drôle d'affaire: le riche propriétaire terrien de la petite ville de province à été trouvé pendu par les pieds au plus vieux hêtre de sa propriété, en nuisette de soie, un masque rose fuchsia sur le nez et des escarpins dorés aux pieds.
Sur place aucun indice pertinent hormis de multiples empreintes de fers à cheval de tailles différentes dans tous les sens. Quoi de plus normal au carrefour d'allées cavalières, me direz-vous?
Ne restait plus qu'à interroger les proches, puis les voisins et autres témoins potentiels. Rien n'en sortit et l'enquête pietinait lorsque Monsieur Labattut, gros plombier moustachu de quarante ans du hameau d'Ici-bas s'est présenté au commissariat. Il disait détenir une information secrète de la plus haute importance sur la vie du comte Archibald Dessous de la Renardiere.
Le fonctionnaire à l'accueil, jugeant l'artisan sérieux de par sa réputation locale, le fit entrer dans la salle attenante au bureau du commissaire et bipat illico son patron. Quelques secondes plus tard le téléphone retentit : Villain venait aux nouvelles. Dare-dare il rappliqua au commissariat, monta l'escalier quatre à quatre et déboula dans son bureau sans même jeter un œil au plombier patientant dans l'antichambre.
Deux minutes plus tard il pénétra dans la salle, salua le témoin et le fit entrer dans le bureau. Une collègue était installée à l'ordinateur prête à prendre en note les dires de l'artisan. L'imposant plombier moustachu semblait se ratatiner autour de sa casquette triturée par ses énormes paluches. Le commissaire lui proposa de s'installer face à lui et de décliner son identité puis de préciser le motif de sa venue au commissariat presque deux semaines après la mort du comte.
Monsieur Labattut se racla la gorge, bégaya un charabia incompréhensible puis exprima clairement qu'il avait vu certaines choses un matin où il avait été appelé au manoir pour déboucher toilettes, lavabo et baignoire de l'aile est du bâtiment. Villain lui demanda d'accélérer un peu son récit pour pouvoir comprendre en quoi son témoignage pouvait relancer l'enquête.
L'homme avait du mal à formuler ce qu'il avait vu et trouvé dans cette salle de bain. Il finit par lâcher que son furet avait trouvé dans les canalisations des restes sanguinolents de boyaux et autres immondices. Il ne savait dire s'il s'agissait d'animaux ou d'êtres humains. En traversant les différentes pièces pour arriver jusqu'à la salle de bain, le gros plombier moustachu n'avait pu s'empêcher de voir ça et là les restes des agapes de la veille: flûtes et bouteilles de champagne, plateaux de petits fours, de nombreux vêtements de femmes et autres escarpins et lingerie fine.
Pourquoi n'était-il pas venu plus tôt au commissariat ? Le comte qu'il avait rencontré ce jour-là chevauchant son bel étalon blanc dans la forêt, lui avait fait jurer de jamais ne rien dévoiler de ce qu'il avait vu. Il lui fit don d'un sac bien lourd chargé de lingotins en or et de pièces en argent. Il menaça l'artisan de salir sa réputation à jamais s'il ne tenait pas sa langue. Monsieur Labattut trop effrayé de voir son commerce anéanti et sa famille salie, se tut.
Pourquoi parler aujourd'hui, alors ? Notre homme abattu ne pouvait se résoudre à ce que ce crime odieux reste impuni. Voilà pourquoi il se décida à livrer son lourd secret.
Le commissaire Villain le remercia et lui fixa pour l'après-midi même, un nouveau rendez-vous pour répondre aux questions de ses enquêteurs.
Quelques minutes plus tard, le commissariat était en ébullition. L'enquête était relancée.
Répondre